L’Inde vue par Joel Raffier

by Sita, 14 septembre 2014
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Joël est un journaliste pigiste qui collabore à plusieurs titres sur Bordeaux. Il manie la plume avec originalité, humour et délicatesse et il écrit vrai. C’est un amoureux de l’Inde où il se rend tous les ans depuis plusieurs années, c’est pourquoi nous lui avons demandé de nous livrer sa version très personnelle de ce pays qui peut être tout à la fois fascinant et repoussant. Nous le remercions d’avoir bien voulu répondre à nos questions, il l’a fait par mail en Inde au pied de l’Himalaya… en pleine immersion.

Sita : Bonjour Joël

Joël : Namaste ou namaskaria, ou d’autres mots selon les régions. Namaste (prononcez namasté, comme au Népal) est le plus courant.

Qu’est ce qui te lie à l’Inde ?

Je ne sais pas comment répondre à cette question compliquée. Il y a la géographie du pays, son histoire aussi. Mes voyages et la nourriture sans doute.

Quand t’y es-tu rendu la première fois et qu’as-tu ressenti ?

C’était en 1999. Je suis arrivé à New-Delhi. Après un séjour bref, j’ai pris un train pour les collines de l’Himalaya. Dans mon souvenir New-Delhi était un four qui sentait la merde et dont la caractéristique est un indescriptible brouhaha de transpiration et de misère et des occidentaux malades de dysenterie dans des hôtels. Cela n’a pas changé. J’ai eu cependant l’occasion de vérifier que ce n’est pas que cela, que c’est une ville passionnante que j’ai appris à aimer à l’égal de Bombay, la ville la plus émouvante de toutes.

Photo: Etrenard

Photo: Etrenard

Combien de fois y es-tu-allé et à quelle fréquence y vas-tu ?

8 fois. Tous les ans, tous les deux ans. J’ai aimé y aller l’hiver. Arriver à Bombay en janvier et pousser jusqu’à Gokarn, et puis le Karnataka, Hampi, le Kerala. Les champs de cafés et de coton, les bus inoubliables. Et puis aller chercher l’air frais des montagnes l’été dans l’Himalaya. Il n’y a pas de fréquences, chaque hiver, tous les deux étés, j’aimerais y passer trois mois par an. Mysore est ma ville préférée, dans le Karnataka, pour son marché aux fleurs, une des plus fascinantes expériences de beauté possible. J’aime aussi Lucknow pour ses kébabs.

Pourquoi y revenir souvent, systématiquement ?

Parce qu’on ne peut pas tout explorer sur la planète, une vie ne suffit pas. Aussi on a le choix : essayer d’aller partout (impossible) ou revenir au même endroit, non pas pour approfondir, on n’approfondit pas l’Inde, c’est impossible, mais pour acquérir un minimum de connaissance d’un pays lointain et étranger, quel qu’il soit. Je choisi la deuxième solution et je ne le regrette pas. Je préfère intégrer une culture étrangère dans ma culture d’origine plutôt que me faire une mémoire de steward d’Air France qui confond Calcutta et Las Vegas à force de voir beaucoup de pays mais sur des temps courts. L’Inde est un continent, seul le train et les épices en font un pays. Pour le reste c’est un mélange.

Qu’est-ce que tu n’aimes pas, ne supportes pas ?

Je n’aime pas la saleté, ignoble parfois, je n’aime pas la pollution, terrible, je n’aime pas la misère, je n’aime pas la façon dont les femmes sont traitées la plupart du temps, je n’aime pas la corruption.

Photo: sandeepachetan.com

Photo: sandeepachetan.com

Peux-tu nous donner 5 bonnes raisons de découvrir l’Inde ?

Les paysages, les trains, l’histoire, la nourriture, la musique.

En quoi l’Inde est différente ?

Je suppose que tu veux dire différente de la France n’est-ce-pas ? Ce serait vraiment plus rapide de répondre à la question : en quoi l’Inde n’est-elle pas différente ? Pour moi, la différence essentielle, c’est les trains dont les portes sont ouvertes pendant les trajets la plupart du temps, ainsi que les fenêtres. C’est un détail mais il en dit long sur l’obsession de sécurité que je ne supporte plus en Europe, particulièrement en France.

Où aller en Inde, quelles régions découvrir ?

L’Himalaya, c’est vraiment impayable. Chaque vallée apporte son lot de surprises. Le Kérala, au sud-ouest, c’est vraiment à couper le souffle. Le Tamil Nadu au sud-est pour les temples Hindou, Bénarès pour la ferveur religieuse, le Rajasthan pour les Palais.

Quelle est ta vision de l’Inde aujourd’hui ?

Un pays confronté à d’énormes problèmes, de toutes sortes, la plupart insolubles comme l’hygiène, la surpopulation, la pollution. Un pays jeune, très dynamique, bouffé par la mondialisation et le mimétisme avec le pire de la civilisation occidentale.

Photo: sandeepachetan.com

Photo: sandeepachetan.com

Et dans 10 ans ?

Très difficile à dire. Je suppose que le grand congélateur qu’est la chaîne de l’Himalaya sera un enjeu géostratégique majeur et une cause de tensions avec la Chine, hélas… Il y aura encore plus de monde, de pollution, de déchets, ce n’est pas très réjouissant.

Si l’Inde était :

Une couleur : safran
Une odeur ou des odeurs, des parfums : le jasmin, les excréments
Un paysage à photographier : les plateaux du Ladakh
Un incontournable : Bénarès
Un lieu étonnant, insolite : Bundi au Rajasthan, avec son Palais des mille et une nuits
Un ou des endroits pour sortir, s’amuser : je ne vois pas. Je n’ai jamais expérimenté la nuit à Bombay ou New-Delhi. A neuf heures tout est fermé en Inde. Il y a les grandes fêtes religieuses si on n’a pas peur du monde. Ou la fête des couleurs où tout le monde s’asperge de pigments (et non de piments).
Une sensation, un sentiment : le déjà-vu.
Un livre : « Vacances indiennes » de William Sutcliffe. Un hilarant compte-rendu des sentiments éprouvés par un voyageur qui découvre l’Inde pour la première fois. Tout y est, tout est vrai. J’ai failli me faire virer d’un hôtel tant je riais fort dans la chambre au milieu de la nuit en lisant ce petit chef-d’œuvre d’humour anglais post-colonial
Une chanson : « Within you, without you » des Beatles.
Une danse : un slow car en Inde tout vient à point à qui sait attendre
Un proverbe, une expression : « La file indienne », une blague. Tout le monde passe devant tout le monde aux guichets. Il faut vraiment jouer des coudes sinon on reste au fond.
Un plat : Beef Fry. Et oui, on mange du bœuf en Inde
Un fruit : la mangue.
Un animal : l’éléphant bien sûr
Une fleur : le jasmin
Un paysage : la jungle dans la montagne

Merci Joël de ta contribution et de tes réponses sincères. Au revoir…

A ma connaissance, en Inde, on ne dit pas au revoir. Ni merci d’ailleurs. Sinon, good bye, ou thank you.

Crédit photo: http://sandeepachetan.com

Sita
Sita Auteur, photographe
Je vis à Bordeaux, mais j’aime le voyage. Parce que c’est synonyme de dépaysement, de rencontres, de découvertes et d’échanges. Partir c’est aussi accepter de se bousculer, d’être surpris et ensuite de faire partager. Internet, les réseaux sociaux, les blogs sont une fenêtre d’échange et d’ouverture sur le monde qui permettent de transmettre nos émotions, sensations, notre vécu, notre ressenti à notre entourage, aux amis étrangers, expatriés, aux personnes rencontrées lors de nos pérégrinations et à tous les internautes inconnus qui voyagent sur et à travers la toile. L’envie de collaborer à Aventure-Voyage est née, tout d’abord, de ma rencontre décisive avec Khun DiDi, ensuite c’est le plaisir d’écrire, de revivre et de prolonger nos voyages. C’est le « prétexte » que je me suis donné pour interviewer les gens et raconter de l’humain.

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