[Video] La deuxième vie de la maison du meunier – France

by Sita, 20 juillet 2012
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Mortagne-sur-Gironde en Charente-Maritime

C’est sur les conseils d’une amie, Hélène Lagardère, que nous avons découvert la maison d’hôtes, la Maison du Meunier. Elle est incontournable, c’est une grande maison carrée qui trône fièrement sur les bords du quai. Il faut juste s’arrêter un instant pour imaginer l’activité du port de Mortagne au milieu du XIXème siècle. Avec toutes ces gabarres à quai qui repartaient vers les villes de l’estuaire chargées de farine et autres marchandises. La commune connaissait une grande activité et était prospère. C’est Victorin Parias qui crée en 1865 la minoterie du même nom. Et un de ses deux fils, Jules, décide en 1895 de faire construire une maison pour y loger avec sa femme Marie et leurs dix enfants.

Après la guerre, l’activité périclite, les descendants ne peuvent pas garder et entretenir le patrimoine familial. Tout est alors vendu, en 1959, à une coopérative de pineau. Pendant ce temps, la maison dépérissait jusqu’à ce qu’Ariane et Coen, couple de hollandais tombent sous son charme. Quand ils sont arrivés, il restait encore les fûts de chêne remplis de pineau au pied des silos. Toute la pièce, où ils étaient entreposés étaient noire. Ils ont eu un coup de cœur, une étincelle, leur décision d’achat a été prise en cinq minutes. C’était leur destin, et en 2004, ils devenaient propriétaires. Il faut dire que leur histoire personnelle sentait déjà bon la farine et le pain.

Ariane et Coen se sont rencontrés en plein cœur d’Amsterdam. Ils avaient tous deux habité en France. Dans les Pyrénées-Atlantiques comme fille au pair pour Ariane, elle fabriquait du pain biologique qu’elle vendait sur les marchés. Quant à Coen, il vivait à Paris avec ses parents, mais passait toutes ses vacances dans la Nièvre dans un moulin à eau. Par la suite, il a travaillé pour un boulanger, il transportait la farine. La France, la farine et le pain étaient leurs points communs.

Il y a neuf ans, Coen était encore propriétaire d’un bar dans le cœur d’Amsterdam et d’un autre sur la plage. Ariane, quant à elle, organisait des festivals. Leur vie était un tourbillon. Leur premier fils naît, puis leur fille, qui à cinq semaines déclare une mauvaise coqueluche. Ils ont eu très peur et ont senti qu’ils étaient à une époque charnière de leur vie. Ils aspiraient à autre chose. Leur décision était prise, ils consacreraient un an à chercher et trouver leur nouvelle voie.

Leur choix se porte tout d’abord sur la Charente, qu’Ariane connaissait pour l’avoir traversée pour se rendre dans les Pyrénées- Atlantiques. Et qui présentait le gros avantage d’être à une journée de voiture de leur patrie natale. Ils ont sillonnés le département à la recherche de la perle, ils ont failli acheter un gros hôtel de 54 chambres. Mais avec du recul, l’établissement était trop grand, impersonnel. Ils ne regrettent pas. Et puis quelques jours avant leur retour en Hollande, ils arrivent par hasard à Mortagne pour y boire un café. Ils aperçoivent un minuscule panneau « A Vendre » écrit à la main sur la grille de cette grande maison imposante. Il était midi et demi, ils ont sonné sans connaître les coutumes françaises, ils ignoraient que l’heure du repas était sacrée. Un homme leur ouvre la porte, Ariane avait sa fille de 6 mois dans les bras. Un homme, peu disposé, les reçoit et bâcle la visite en 5 minutes. Il ne leur en faudra pas plus pour avoir le coup de cœur, qu’ils pensent à ce moment-là inaccessible. Ariane demande par politesse le prix, et stupéfaction, il était dans leurs moyens. Coen restait muet d’étonnement. Une semaine après, ils signaient le compromis de vente, et deux mois après, ils avaient déménagés. Depuis, ils ont aménagé cinq chambres d’hôtes, deux appartements avec cuisine, l’ensemble décoré avec des meubles et des objets chinés, la passion de Coen.

Pour mieux s’imprégner du lieu et mieux le comprendre, ils ont même rencontré plusieurs enfants et petits-enfants Parias, qui leur ont raconté moult histoires et souvenirs, leur ont montré des photos, des documents historiques. Ils ont retrouvé un vieux sac de farine sur lequel étaient dessinés trois épis, dont ils se servent aujourd’hui pour leur logo. Ariane aime à raconter une anecdote toute particulière. Un des petits fils est venu, il était ému de revisiter la maison, surtout quand il a caressé le bois de la rampe d’escalier, rendue toute douce par les milliers d’effleurements. Ce contact qui lui était familier, le replongeait dans son enfance, et lui faisait monter les larmes aux yeux. C’était sa Madeleine de Proust. Il se revoyait avec sa taille d’enfant.

Leur projet de réhabilitation ne s’est pas arrêté là. Il y a quatre ans, ils ont racheté pour une bouchée de pain, les vieux silos qui tombaient en ruine et étaient destinés à la destruction. Ils n’ont pas eu froid aux yeux, la tâche était gigantesque mais leurs efforts ont payés, ils arrivent au terme des travaux. Ils vont ouvrir trois gîtes de charme et de caractère entièrement équipés qu’ils vont louer dès cet été en location saisonnière. A l’avenir, ils aimeraient les louer à l’année et en faire des résidences d’artiste. Car ce qu’ils aiment avant tout, ce sont les contacts, les rencontres, les échanges. Au pied des silos, ils ont aménagés une réserve d’eau de pluie, qu’ils filtrent de manière écologique avec des plantes, et qui est devenu le terrain de jeux d’énormes poissons rouges. Ils envisagent d’utiliser l’eau ainsi filtrée à remplir une future piscine naturelle. Ils se sont réservés le sommet des silos pour leur lieu d’habitation et ont réalisé une pièce de vie entièrement vitrée qui offre un panorama extraordinaire à 360 degrés sur les marais, la mer et le petit village de Mortagne.

Ils débordent d’idées, et n’ont pas eu de mal à s’intégrer, très rapidement ils ont créé un festival de flippers qui a lieu tous les mois de juin. Coen n’aime pas seulement collectionner, il aime aussi partager, et met ainsi à disposition 34 superbes flippers. Ils s’investissent aussi dans la vie du village, avec notamment le comité des fêtes et ont noué des connaissances grâce à leurs trois enfants qui ont fréquenté ou fréquentent encore l’école primaire.

Les habitants ont été contents de voir revivre cette grande bâtisse, certains ont même applaudi le jour où le maçon a terminé la façade. Mortagne a toujours été tournée vers la mer et le fleuve, elle a eu l’habitude des mouvements, des migrations et d’accueillir des étrangers, elle n’a pas oublié son passé. Alors n’hésitez plus à faire le détour par ce petit coin de la Charente-Maritime si attachant, qui ne laisse pas indifférent, et c’est l’occasion de faire de très belles rencontres.

La Maison du Meunier
Chez Ariane et Coen ter Kuile-van Tuyll
36 quai de l’estuaire
17120 Mortagne sur Gironde
Tél : 00 33 (0)5 46 97 75 10

Site de la maison d’hôtes : www.maisondumeunier.com
Leur blog avec toutes les étapes des travaux, ça donne le vertige : www.la-minoterie.fr

Sita
Sita Auteur, photographe
Je vis à Bordeaux, mais j’aime le voyage. Parce que c’est synonyme de dépaysement, de rencontres, de découvertes et d’échanges. Partir c’est aussi accepter de se bousculer, d’être surpris et ensuite de faire partager. Internet, les réseaux sociaux, les blogs sont une fenêtre d’échange et d’ouverture sur le monde qui permettent de transmettre nos émotions, sensations, notre vécu, notre ressenti à notre entourage, aux amis étrangers, expatriés, aux personnes rencontrées lors de nos pérégrinations et à tous les internautes inconnus qui voyagent sur et à travers la toile. L’envie de collaborer à Aventure-Voyage est née, tout d’abord, de ma rencontre décisive avec Khun DiDi, ensuite c’est le plaisir d’écrire, de revivre et de prolonger nos voyages. C’est le « prétexte » que je me suis donné pour interviewer les gens et raconter de l’humain.

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