Un dur apprentissage

by Sita, 9 mars 2015
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Martial Bonnac, qui vit en Suisse dans le canton de Vaud, a relevé un beau défi, en août 2013 et accompli un rêve. Il a parcouru 500 km à cheval, aller-retour, pour rallier le mariage de son frère aîné près de Lons le Saunier en France. Récit d’une magnifique aventure humaine et plus encore…

Le difficile passage des cols…

Durant les deux premiers jours jusqu’au debriefing prévu avec Pinson et Michel Blanc, Martial a rencontré les plus grosses difficultés de son voyage. Il fallait qu’il prenne l’ascendant sur son cheval. Comment persuader Epi de franchir les barrières électriques alors qu’il en avait peur, sûrement à cause de mauvaises expériences passées, même les fils au sol le tétanisaient.

Il lui fallait lâcher le cheval, essayer d’ouvrir les barrières sans en connaître le fonctionnement. Un dur mais fructueux apprentissage. Puis une barrière dans une forte pente a bloqué le cheval, il refusait de bouger. Martial lui tournait autour, essayant de le convaincre, il a passé un quart d’heure à tenter de le faire avancer, dans ces cas-là, on pense à tout, à rien, on teste tout ce que l’on peut. Epi refusait de continuer si Martial était à côté, il le voulait sur son dos. Il est remonté sur le cheval, a fait deux mètres, il a passé la barrière, il est redescendu et ainsi de suite, sachant qu’ils ont dû franchir beaucoup de barrières.

C’était éreintant, remonté sur le cheval nécessite d’envoyer sa jambe haut. Même dans les endroits dangereux, où il n’aurait pas dû monter Epi, il a été contraint de le faire, le cheval ne voulait rien savoir, Martial était tendu quand il a franchi son premier col. Il s’est fortement agacé face au refus systématique du cheval, il s’est mis en colère. Cet échange houleux fut salvateur.

Quand il est arrivé à la buvette, il a échangé avec les propriétaires, qu’il avait déjà vus une fois. Il leur a expliqué son projet, son périple. Ils lui ont offert l’hospitalité, une place pour le cheval et pour sa tente dans leur champ et le partage d’un repas constitué de croque-monsieurs en compagnie de leurs enfants.

Durant la nuit, il entendait le cheval gueuler, il courait après des ânes pour leur mordre le derrière et les dominer.

Martial avait prévu de partir tôt, mais il n’arrivait pas à se sortir du lit, avec la rosée du matin, tout était trempé et comme il était en permanence aux aguets, son sommeil avait été perturbé par les bruits environnants, le passage des vaches, Epi, la nature en général. Il a déjeuné vite, il était impatient de repartir, mais à la descente Epi a refusé à nouveau d’avancer, il ne voulait pas que Martial descende. Le terrain était très en pente, il avait du mal à tenir sur le cheval, ça glissait, c’était très dangereux, mais rien à faire. Découragé, il décide d’appeler Michel Blanc, le propriétaire, ne pouvait pas lui apporter son aide n’ayant jamais rencontré ce genre de difficulté. Heureusement, le relief s’est adouci, ils ont rejoint le lac de Longra, par des petites routes, c’était plutôt facile.

Martial se posait mille questions : « Est-ce qu’Epi va bien ? Est-ce qu’il a bien mangé ? ». Puis ils sont arrivés à l’entrée d’un tunnel que Martial n’avait pas vu sur la carte, par chance Epi a bien réagi, Martial lui parlait constamment, il avait les oreilles à son écoute.

Mais au deuxième col, toujours le même cirque. C’était un peu désespérant, il se demandait si ça allait être comme ça tout le temps. Il était midi, ils arrivaient au-dessus du col de Jament, ils avaient bien marché, il faisait chaud, ils se faisaient attaquer par les taons. Les gens qu’ils rencontraient sur la route étaient curieux de savoir ce que Martial faisait là avec son cheval. Et il leur expliquait le but de son voyage, ils avaient un peu de peine à le croire.

La saison était idéale pour la traversée des pâturages qui étaient libres, sans clôture ce qui fut moins le cas dans les alpages avec la présence des vaches. Fort heureusement, les bergers bougent régulièrement leurs troupeaux et déplacent ainsi les clôtures électrifiées, ce qui n’a pas trop contraint Martial. Le passage des rivières était aussi facilité par une période un peu sèche.

Ils poursuivaient leur route par un petit chemin en pleine montagne, parsemés de chalets d’alpage, à une altitude aux alentours des 1000 mètres, avec des dénivelés. La deuxième nuit, ils ont dormi dans un chalet d’alpage où ils ont été très bien accueillis, le duo attirait une sympathie naturelle, il faut dire que la personnalité de Martial y est pour beaucoup, il est très solaire, il a un beau sourire franc et charmant, il dégage beaucoup d’énergies positives.

Il avait relié la Corse à vélo, l’année d’avant, mais l’accueil et la réaction des gens n’étaient pas du tout les mêmes, le fait d’être avec Epi changeait ses relations aux autres. Les gens rencontrés proposaient spontanément leur aide, la plupart hallucinaient. Ils avaient l’habitude de voir des randonneurs mais pas des voyageurs, ils étaient admiratifs.

Les réactions d’Epi ont permises à Martial de comprendre que la communication avec le cheval est primordiale, qu’il faut être à l’écoute et accepter que le cheval ne soit pas capable de faire certaines choses.

En échange du gîte et du couvert, Martial proposait ses bras, pour scier du bois, faucher la gentiane.

L’étape du débriefing

Il utilisait un GPS de randonnée, qui était faillible, en raison de sa batterie, pour estimer les distances parcourues. Leur rythme était de 5,75 km de moyenne par heure, mais les distances pouvaient osciller de 15 à 50 km en une journée, selon la météorologie. La pluie, la fraîcheur et l’absence de taon étaient les conditions idéales pour bien avancer. Il pouvait marcher jusqu’à huit heures par jour, malgré les difficultés rencontrées, Epi avançait quand même.

La plupart du temps, Martial accomplissait le tiers du chemin à pied. La nuit, Martial ne dormait pas très bien, épiant tous les bruits, s’inquiétant du bien être de son cheval. Martin Horn, lui avait donné de la nourriture lyophilisée, mais elle n’était pas très bonne, il lui fallait se nourrir différemment, pourvu que la générosité des gens ne se démentisse pas.

Martial-et-epi-mariage-emilie-et-julien-3Au matin du troisième jour, une fois le petit déjeuner pris avec ses hôtes, il a repris son périple et connu la pire descente de son parcours. Il leur a fallu une heure pour faire 100 mètres. Les cavaliers n’empruntent pas ce passage beaucoup trop de caillouteux, mais il n’avait pas le choix, il lui fallait y arriver. Son soulagement fut intense quand il atteignit la route, encore un obstacle franchi.

Sur le chemin, ses rencontres étaient riches d’échanges, de discussions avec toute sorte de personne, un ouvrier polonais, qui ne parlait pas très bien le français, un vieux monsieur installé à fabriquer son fromage, avec qui il a partagé un verre et un morceau de fromage. Il voulait réaliser son défi en adoptant le principe de partir avec le minimum, et vivre de dons, de générosités et d’échanges, pour revenir à de vraies valeurs de solidarité et d’humanité.

Progressivement, ils quittaient les montagnes, la bagagerie bougeait beaucoup, il a dû l’alléger et se séparer de pas mal de matériel, il a fallu caller au fur et à mesure. En redescendant sur le plateau où se trouve un lac, il a perdu son portefeuille, il ne s’en est pas rendu compte tout de suite.

Il a joint le propriétaire au téléphone qui est venu à sa rencontre, ils ont refait le parcours ensemble avec la carte. L’utilisation des cartes s’est vite avéré compliqué, il préférait demander au fur et à mesure aux gens du coin, car certains éléments n’étaient pas matérialisés, quand il voyait un champ fauché il coupait à travers.

Michel et Martial étaient très contents de se retrouver. Martial a fait un détour pour passer à côté de la maison du propriétaire, le cheval a reconnu l’endroit, le cheval gémissait, il appelait, c’était beau, c’était puissant, c’était fort. Martial apprécie beaucoup Michel Blanc, « c’est un bon gars », il sent les chevaux, il est sur-attentif.

Il lui a fait part des problèmes rencontrés, ce qui manquait à Martial, c’était la confiance du cheval, Michel l’a rassuré, il fallait être patient, ça allait venir. Le soir, il a pu prendre une douche et dormir dans le foin, la tente prenant l’humidité, ce n’était finalement pas l’idéal et il n’avait pas emmené de tapis de sol pour s’alléger, il était donc plus au confort dans le foin. Côté intendance et lessive, il avait initialement prévu de partir tôt le matin, de s’arrêter vers 14 heures, de se reposer et d’en profiter pour faire un brin de lessive, il était donc parti avec le strict minimum, avec peu de vêtements de rechange . Mais évidemment, ça ne s’est pas passé du tout comme ça. Il bossait avec les gens et il discutait énormément, délaissant les « tâches domestiques ».

Pour passer chez son coach, il a fait un détour de 10 km, et ça a faussé tout son itinéraire. Il a donc parcouru par la suite 150 km sans carte. Michel tenait à ce que Martial fasse étape dans un centre équestre de sa connaissance, car bien que très discret lors du voyage de Martial, il s’est toujours tenu au courant à distance, a parfois suivi en voiture, en demandant aux personnes rencontrées des nouvelles.

C’était un gros ranch style western, c’est le seul endroit où il a dû payer son hébergement durant ses 16 jours de chevauchée (aller-retour). Il est arrivé là-bas après une grosse journée de pluie, il était trempé, la palefrenière, Laëtitia, qui est devenue une très bonne copine, une jurassienne, l’a accueilli. N’ayant pas beaucoup d’argent, suite à la perte de son portefeuille et malgré un prêt de Michel, il a demandé une faveur, il a donc mangé les restes que les propriétaires lui ont finalement facturé.

La générosité des personnes rencontrées n’en était que plus belle. Cette nuit-là, il a dormi dans une caravane.

Jacqueline & Martial

Jacqueline & Martial

Jacqueline est la personne qui l’a fait le plus vibrer durant le voyage, avec qui le courant est le mieux passé, avec qui il a vraiment pu partager ses émotions. Grâce à elle beaucoup de choses se sont passées, elle l’a beaucoup aidé surtout dans les moments de doute. Comme elle a réalisé des choses un peu extrêmes comme un saut en parachute, ils étaient sur la même longueur d’onde. Elle a voulu monter sur le cheval, ce qui a profondément ému Martial. Elle a beaucoup suivi son aventure, elle l’a appelé, envoyé des messages, elle a été très présente, elle s’est intéressée et a vécu l’aventure par procuration. C’était un pur plaisir de pouvoir partager avec elle, surtout qu’elle ne connaissait rien au monde du cheval. Sa maman, Cath, s’est intéressée à sa façon toute en retenue et avec beaucoup de pudeur. Elle a fait connaissance avec Epi, peu de temps avant le départ, le cheval lui paraissait immense, il était très nerveux, très fougueux. Martial lui parlait tout doucement, elle ne l’aurait jamais imaginé capable d’une telle attitude avec un animal. Il utilisait les mots appropriés pour l’apaiser, le calmer. Elle a toujours gardé confiance en les capacités de son fils à réussir. Son jeune frère, Florentin l’a secondé durant les préparatifs, il débordait d’idées, faisait des propositions sur la bagagerie, il aimait bien donner son point de vue. Il était passionné. Martial est admiratif de sa personnalité, de sa grande adaptabilité, il le sent bien dans sa peau. Mathurin, le fils de Martial, qui a assisté à quelques expériences physiques entre son père et sa monture, était impressionné et ouvrait de grands yeux. Il était craintif.

A suivre…

Sita
Sita Auteur, photographe
Je vis à Bordeaux, mais j’aime le voyage. Parce que c’est synonyme de dépaysement, de rencontres, de découvertes et d’échanges. Partir c’est aussi accepter de se bousculer, d’être surpris et ensuite de faire partager. Internet, les réseaux sociaux, les blogs sont une fenêtre d’échange et d’ouverture sur le monde qui permettent de transmettre nos émotions, sensations, notre vécu, notre ressenti à notre entourage, aux amis étrangers, expatriés, aux personnes rencontrées lors de nos pérégrinations et à tous les internautes inconnus qui voyagent sur et à travers la toile. L’envie de collaborer à Aventure-Voyage est née, tout d’abord, de ma rencontre décisive avec Khun DiDi, ensuite c’est le plaisir d’écrire, de revivre et de prolonger nos voyages. C’est le « prétexte » que je me suis donné pour interviewer les gens et raconter de l’humain.

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