Vincent Pardieu, un chasseur de pierres precieuses

by Sita, 29 février 2016
Vincent Pardieu, un chasseur de pierres precieuses
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Vincent Pardieu gemmologue d’investigation et chasseur de pierres precieuses

Vincent Pardieu sillonne le monde à la recherche de nouveaux gisements de pierres précieuses pour enrichir la collection de référence de son laboratoire. Le Périgourdin s’est construit une vie d’aventures.

Photo: Stephane Jacquat

Photo: Stephane Jacquat

Vincent Pardieu travaille dans l’univers fascinant et complexe des pierres précieuses de couleur. Il exerce un métier peu commun, il est gemmologue. Il étudie les rubis, les saphirs, et autres émeraudes, qui orneront des plus modestes aux plus belles parures de bijoux. De son enfance « Pagnolesque » passée entre Saintes, où travaillaient ses parents, et ses week-ends et vacances à la campagne près de Bergerac en Dordogne, dans l’exploitation agricole de ses grands-parents, il a gardé l’amour de la nature et de la terre.

Apres une année en école militaire à Saint Maixent, il se lance dans les sciences à l’université de Bordeaux. Pour financer ses études et ses loisirs,  il devient guide accompagnateur pour un tour opérateur d’Angoulême. Il développe son goût pour les voyages, acquis durant son enfance par la lecture de ses auteurs favoris : Jules Vernes, Joseph Kessel, Jack London et un sens accru de l’organisation. Apres une année d’école de commerce à Toulouse, il devient pilote vacances pour FRAM et se spécialise sur l’Asie et l’Europe.

C’est lors d’un séjour à Mogok en Birmanie en 1998 qu’il découvre les pierres précieuses. Il assouvit sa curiosité en se plongeant dans des ouvrages de référence. La lecture de la bible : « Ruby and Sapphire » de Richard W. Hughes et des rencontres avec des spécialistes sont autant de déclics.

A la trentaine changement de cap radical, il se forme à la gemmologie en Birmanie, puis à l’école du GIA à Bangkok en Thaïlande, et commence une nouvelle vie. Après avoir occupé différents postes, il devient directeur d’un laboratoire de gemmologie en Thaïlande où il lance un projet de recherche sur la détermination de l’origine des rubis et des saphirs. Durant 6 mois entre 2005 et 2006, il visitera les gisements de rubis, saphirs et émeraudes en Thaïlande, Cambodge, Vietnam, Sri Lanka, Madagascar, Tanzanie, Kenya mais aussi Pakistan, Afghanistan et Tadjikistan. Il se constitue une solide réputation dans le milieu de la gemmologie grâce à son site internet (1) sur lequel il publie ses rapports d’expéditions. Quand il intègre en 2008, le GIA (Gemological Institute of America) à Bangkok, il y créé et dirige le premier département de gemmologie de terrain au monde.

Vincent Pardieu est un visionnaire

Vincent PardieuIl a purement et simplement inventé son métier : gemmologue d’investigation. Dans le marché des pierres comme dans celui de l’art, l’origine des gemmes peut avoir une grande importance sur leur valeur commerciale. Deux pierres de beauté similaire, mais d’origines géographiques différentes, peuvent avoir des valeurs marchandes très variables. Si elles sont issues de sites prestigieux, elles seront plus recherchées et faciles à vendre que si elles proviennent de gisements obscurs.

Vincent a toujours été convaincu que pour estimer efficacement l’origine d’une pierre, un élément critique dans la détermination de sa valeur marchande, il fallait avoir une collection de référence irréprochable. La seule solution est donc d’aller les chercher à la source, dans les mines à ciel ouvert ou sous terre, dans des galeries parfois étroites et inconfortables. Ainsi durant plusieurs années sur son temps de libre et sur ses deniers personnels,  il a entrepris seul ses voyages de prospection. Son entourage professionnel n’était pas convaincu, au départ, du bien-fondé de sa démarche. Cela peut paraître évident, mais personne ne l’avait encore fait ! Les pierres des différentes collections des musées ou des laboratoires étaient souvent acquises auprès de marchands réputés et de « confiance ». Mais le système a ses limites surtout à une époque où presque chaque mois un nouveau gisement est découvert notamment en Afrique.

Vincent, en véritable « chasseur de pierres », met un point d’honneur à réaliser lui-même la collecte des échantillons dans les mines, pour éviter les intermédiaires et les éventuelles tromperies. Certaines pierres peuvent être issues de nouveaux gisements dont il ne possède pas encore les données. Son challenge est d’avoir la primeur des informations, de visiter les sites le plus rapidement possible afin d’acquérir ces échantillons de référence qui permettront aux laboratoires d’expertises gemmologiques du GIA installés à New York et Carlsbad (USA), mais aussi à Bangkok, Tokyo ou Hong Kong en Asie de fournir à leurs clients le meilleur service possible.

Pourtant rien ne s’est fait facilement, ni naturellement

Photo: Stephane Jacquat

Photo: Stephane Jacquat

Si l’idée de base était simple, sa mise en application fut difficile. Mais à force de travail, de persévérance, de ténacité, les choses ont considérablement évolué. Son service est en pleine expansion. Son effectif, composé de chercheurs, lapidaires, ingénieurs, a triplé de taille en six ans. Vincent est devenu une référence internationale et un grand spécialiste des pierres précieuses de couleur. Il distille ses connaissances et expériences dans le monde entier grâce à  la publication de rapports scientifiques sur le site internet du GIA (2) et sur son site personnel, et au gré de conférences qu’il donne régulièrement aux quatre coins du monde.  Il rédige des articles dans des revues spécialisées.

Mais son plus cher projet est la constitution de cette collection de référence unique au monde, vérifiée, fiable et enrichie constamment. Pour la construire et la mettre à jour, il est régulièrement amené à se rendre dans des zones sensibles, instables politiquement où peu de gens accèdent comme le Pakistan, l’Afghanistan ou encore Mogok en Birmanie.

Pour chacune de ses destinations, il a su tisser des liens avec patience et intelligence en nouant des contacts privilégiés avec les mineurs et négociants locaux. C’est son sésame et son gage de sécurité.  Il sait qu’il peut compter sur ses amis sur le terrain. Il a systématiquement un guide-chauffeur qui assure sa protection et lui sert d’intermédiaire, de traducteur. Il ne parle jamais de ses expéditions avant de partir, se laisse pousser la barbe, s’habille en tenue locale quand il va en Afghanistan pour se fondre dans la population.  Il veille à préparer chaque expédition avec minutie et de façon draconienne.  Il veille à obtenir toutes les autorisations officielles et indispensables pour pénétrer dans certains territoires. C’est le cas pour Mogok (3), la vallée des rubis « sang de pigeon », encore fermée aux étrangers et impénétrable sans laisser-passer.

Son étiquette de chercheur est un avantage

Photo: Victoria Raynaud / GIA

Photo: Stanislas Detroyat / GIA

Il consacre beaucoup de temps sur place à faire de la pédagogie auprès de ses interlocuteurs locaux, qui ont souvent des connaissances empiriques et ancestrales de terrain.  Certains le disent chanceux, mais c’est énormément de travail et d’investissement personnel. Il vit sa vie comme un immense jeu de rôle grandeur nature, son autre passion. Mêlant diplomatie, observation, patience et joutes oratoires. Il prend un réel plaisir à conter l’histoire, les anecdotes d’un lieu, ses ressources géologiques et gemmologiques.  Chaque voyage avec Vincent est une formation accélérée (4). Il aime  transmettre son savoir à de nouvelles recrues qu’il emmène volontiers en expédition.  A condition de respecter les règles qu’il a fixées, d’accepter des conditions parfois physiques et spartiates. Et de travailler !  Chacun se voit confier une mission et doit se rendre utile.

Les gemmes se forment dans des environnements géologiques spécifiques. Revenir régulièrement sur une zone lui permet de suivre l’évolution de son activité, des réglementations, et de conserver un lien privilégié avec les mineurs. De retour à Bangkok les échantillons sont analysés par son équipe. Chaque pierre, pour devenir un échantillon de référence, est répertoriée, photographiée. Ses inclusions sont analysées, classifiées, des spectres sont collectés et une étude systématique de la chimie au niveau des éléments traces  est effectuée.  Il a la chance de bénéficier d’instruments de pointe mis à sa disposition dans le laboratoire du GIA à Bangkok, probablement le plus moderne et le mieux équipé au monde.

Aujourd’hui, des gens du monde entier prennent contact avec Vincent pour son expertise, ses contacts locaux l’informent dès qu’un nouveau gisement est découvert. Il est devenu en dix ans un expert de renommée internationale.

Vincent, le visionnaire, l’intuitif, aimerait rendre le milieu des pierres responsable. Il nourrit l’espoir de convaincre les personnes qui en ont les moyens d’investir dans des plans d’action de protection de la nature, d’aide humanitaire, de permettre à la faune et aux hommes de cohabiter. Il aimerait aider à la reconversion de sites miniers abandonnés, parce que plus rentables, en bases de loisir par exemple. Il est convaincu que ce sera l’avenir des pierres (5). Dans la mesure où l ‘origine d’une pierre a de la valeur son lieu d’extraction en a aussi. Il rêve d’associer une bonne action à la beauté d’une gemme.

Vincent Pardieu

Photo: Khun Didi

Sita
Sita Auteur, photographe
Je vis à Bordeaux, mais j’aime le voyage. Parce que c’est synonyme de dépaysement, de rencontres, de découvertes et d’échanges. Partir c’est aussi accepter de se bousculer, d’être surpris et ensuite de faire partager. Internet, les réseaux sociaux, les blogs sont une fenêtre d’échange et d’ouverture sur le monde qui permettent de transmettre nos émotions, sensations, notre vécu, notre ressenti à notre entourage, aux amis étrangers, expatriés, aux personnes rencontrées lors de nos pérégrinations et à tous les internautes inconnus qui voyagent sur et à travers la toile. L’envie de collaborer à Aventure-Voyage est née, tout d’abord, de ma rencontre décisive avec Khun DiDi, ensuite c’est le plaisir d’écrire, de revivre et de prolonger nos voyages. C’est le « prétexte » que je me suis donné pour interviewer les gens et raconter de l’humain.

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1 Commentaire


    • Reine DOLEAC
      Répondre Annuler la réponse
    • mars 4, 2016

    TRES INTERESSANT L'ARTICLE SUR VINCENT ET SON ITINERAIREIL A L'AMOUR DE SON METIERBRAVO AU REDACTEUR.... DE L'ARTICLE

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