Le jardin du bout du monde par JP.Beaulieu

by Sita, 31 mars 2016
Le jardin du bout du monde par JP.Beaulieu
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Vue aérienne de Recherche Bay, en Tasmanie.

L’histoire du potager Français de Recherche Bay, en Tasmanie

Vous êtes actuellement en Tasmanie (un état Australien) en tant que professeur invité, quelle est votre mission ?

Je vais aider à finir de mettre au point le nouveau télescope Tasmanien, et commencer la campagne d’observations. C’est aussi l’occasion de former des jeunes qui débutent leur thèse sur place. J’en profite aussi pour rendre hommage à John Greenhill,  professeur de l’université de Tasmanie, qui nous a quitté en 2015 à l’âge de 80 ans. Ensemble,  nous avons découvert des planètes, au cours de 20 ans de collaboration scientifique et amicale. Le nouvel observatoire porte son nom et le nouveau télescope est surnommé par tous le « Johno ».  Je suis en train de finir l’article annonçant la première planète découverte avec le « Johno », et terminer  de le transformer en une super machine pour découvrir des nouveaux mondes.

Vous n’êtes pas venu uniquement pour la recherche astronomique. Vous avez publié au mois de février un livre sur l’histoire du potager de Recherche Bay au sud de la Tasmanie. Une autre corde à votre arc.

couverture du livreCe projet est né par hasard en mars 2003, quand la mère d’un de mes amis, Françoise Jouffroy-Gauja, directrice de recherche au CNRS en biologie, est tombée sur un article annonçant la découverte d’un jardin potager planté par l’expédition d’Entrecasteaux en 1792 au sud de la Tasmanie, à Recherche Bay. Comme j’allais régulièrement à Hobart pour mon réseau Planet, elle m’a confié la mission de mener l’enquête sur place. Elle a déniché le journal manuscrit du jardinier, Félix Delahaye, dans la bibliothèque du muséum d’histoire naturelle. Après une campagne d’observations, avec Jadzia Donatowicz, nous avons donc pris la route avec l’Austin de 1967 de John Greenhill et un dinghie (bateau gonflable) dans le coffre. Arrivé au bout de la route, nous avons gonflé notre embarcation pour traverser les 2.5 km de la baie et pour nous enfoncer dans la forêt. A 70 mètres de la plage, sous la canopée d’eucalyptus, nous avons découvert les vestiges. Une zone soigneusement entourées de pierres, un rectangle de 8 mètres par 9. Cet emplacement correspond à la position approximative d’une carte publiée en 1807, et aux descriptions du jardinier et du botaniste de l’expédition d’Entrecasteaux.

Pourquoi s’intéresser à un potager de 1792 ?

L’expédition d’Entrecasteaux était à la recherche de La Pérouse. A son bord, il y avait un jardinier, Félix Lahaye, dont la fonction était de ramener des graines et des plantes des contrées lointaines, mais aussi de planter et semer ce qui pourrait être utile aux habitants des terres visitées. C’était l’esprit des lumières dans sa superbe utopie. Il a préparé son jardin pendant l’escale de  l’expédition à Recherche Bay, après avoir navigué depuis le Cap de Bonne Espérance. Les navires ont fait le tour de l’Australie pour revenir neuf mois plus tard. Là, ils ont pu constater que quelques plantes s’étaient développées. Les deux équipages ont rencontré les aborigènes de Tasmanie vivant sur la péninsule. Ce fut un moment rare d’échanges. Qui pourrait imaginer deux cents marins, et à peu près autant d’aborigènes, des hommes des femmes et des enfants sur une plage, partageant un repas, jouant. Un contact entre deux mondes, sans violence. Le jardinier s’est rendu dans le potager avec un de ses nouveaux amis. Il a déterré des pommes de terre, qu’il a fait cuire, et partagé avec les autochtones. Dans son carnet, il relate la scène, et espère que ça leur sera utile à l’avenir. Recherche Bay, et ce jardin ont une valeur symbolique, au-delà de la splendeur de cette côte balayée par les vents. C’est un endroit où deux mondes se sont rencontrés et ont échangé en paix.

jean philippe beaulieu et bob brown

jean philippe beaulieu et bob brown

Le problème, c’est que le site est sur une zone privée, vouée à l’exploitation forestière. En Australie, on peut faire absolument ce que l’on veut sur un terrain privé, y compris  détruire des vestiges archéologiques au bulldozer.  Cette zone de 146 hectares, comportant les sites de l’expédition d’Entrecasteaux n’a pas été protégée, et s’est retrouvée au cœur d’une bataille passionnée.

Notre livre raconte, en anglais, (1) l’histoire du potager de Recherche Bay à partir de toutes les sources manuscrites inédites existantes. Notre héros, Félix Delahaye, débuta au jardin du Roy, devint le Jardinier Voyageur du Roi  qui planta un potager au bout du monde, avant de veiller sur les serres chaudes de l’Impératrice Joséphine. Nous expliquons aussi l’histoire récente, la passion de la communauté locale pour tenter de protéger le site, l’engagement de Bob Brown, le leader des Verts australiens, et la confrontation avec le lobby forestier australien. Voir des Australiens habillés en tenue XVIIIème, brandissant des drapeaux français, manifestant pour appeler à la défense du site, prêts à s’enchaîner aux arbres devant les bulldozer était assez surprenant. Nous avons rencontré des gens passionnés, amoureux de la nature et soucieux de préserver ce petit moment de notre histoire commune. En tant que scientifiques français, nous avons  essayé d’apporter notre pierre à l’édifice, en publiant des articles pour souligner l’intérêt historique et symbolique du lieu. Finalement, c’est grâce à la philanthropie de Dick Smith, un riche entrepreneur que la zone fut sauvée en 2006.

DATES CLÉS

  • jean philippe beaulieu et son livre

    jean philippe beaulieu et son livre

    31 mars 1969 : naissance à Bordeaux

  • 1996 : prix Louis- Armand, décerné par l’Académie des sciences, pour ses travaux sur les céphéides
  • 2005 : découverte de la planète tellurique Hoth avec son réseau Planet
  • Depuis 2010 : directeur de recherche au CNRS à l’Institut d’astrophysique de Paris
  • Février 2016 : sortie du livre sur le potager de Recherche Bay, en Tasmanie

Lire la série de 3 articles

Sita
Sita Auteur, photographe
Je vis à Bordeaux, mais j’aime le voyage. Parce que c’est synonyme de dépaysement, de rencontres, de découvertes et d’échanges. Partir c’est aussi accepter de se bousculer, d’être surpris et ensuite de faire partager. Internet, les réseaux sociaux, les blogs sont une fenêtre d’échange et d’ouverture sur le monde qui permettent de transmettre nos émotions, sensations, notre vécu, notre ressenti à notre entourage, aux amis étrangers, expatriés, aux personnes rencontrées lors de nos pérégrinations et à tous les internautes inconnus qui voyagent sur et à travers la toile. L’envie de collaborer à Aventure-Voyage est née, tout d’abord, de ma rencontre décisive avec Khun DiDi, ensuite c’est le plaisir d’écrire, de revivre et de prolonger nos voyages. C’est le « prétexte » que je me suis donné pour interviewer les gens et raconter de l’humain.

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